Les différents types de keiko en kendo

En kendo, le terme générique pour désigner la pratique est keiko 稽古.

L’étymologie éclaire sa signification. Le kanji kei 稽 signifie « observer, réfléchir, conserver ». Ko 古 signifie « ancien ».

Le keiko, c’est donc l’observation, la réflexion et la conservation (par la pratique) de l’enseignement des anciens. Le terme ne s’applique pas seulement aux arts martiaux, mais à toutes les pratiques traditionnelles (ou qui se revendiquent comme telles). Il y a keiko quand on pratique la calligraphie, la musique ou le théâtre.

En kendo, il existe différentes modalités de pratiques, auxquelles sont associées autant de termes dérivant de keiko.

Mitori-geiko

C’est l’entrainement par l’observation : on regarde les pratiquants s’entraîner en tâchant de décoder les situations, d’évaluer leurs performances, de remarquer (pour soi-même : il ne s’agit pas de faire partager son point de vue) leurs qualités et leurs défauts éventuels.

Uchikomi-geiko

C’est une forme d’entrainement accessible aux débutants, qu’ils portent l’armure ou non. En uchikomi, motodashi (le pratiquant le plus ancien, qui s’apprête à recevoir les frappes), casqué, se trouve en shudan(garde moyenne) et présente, tour à tour, des ouvertures à kakari (celui qui livre les assauts). On travaille principalement les coupes élémentaires : men, koté, do, koté-men, koté-do. Le travail s’effectue d’abord en grande amplitude ; si le niveau des pratiquants le permet, il peut être réalisé en petite amplitude.

Avec les débutants, motodashi doit veiller à gérer lui-même la distance et doit s’assurer que kakariattende bien l’ouverture avant d’armer ses coups. Il n’est pas censé porter lui-même d’attaque. La relation de combat avec le partenaire n’est abordée que par les notions de distances, d’ouverture et de zanshin (vigilance avant et après la frappe).

Kakari geiko

Pour les pratiquants qui maîtrisent la gestuelle élémentaire des frappes, il est possible de travailler en kakari-geiko.Il s’agit pour kakari de livrer le plus grand nombre possible d’assauts sur motodashi dans le moins de temps possible. L’exercice cesse lorsque motodashi juge le travail satisfaisant.

Ce keiko est nécessairement bref: l’idée est de travailler exclusivement en explosivité, en respirant le moins possible et sans ménager ses forces. Plus kakari est impliqué, plus le keiko sera bref (5-6 frappes « à fond la caisse »). Si kakari s’économise, motodashi peut faire durer le travail beaucoup plus longtemps : le pratiquant doit être « vidé » après chaque session.

Ce mode d’entrainement ne permet pas le travail technique précis, même si l’on doit veiller à respecter les distances, à répondre aux ouvertures et à conserver une gestuelle la plus propre possible. C’est un excellent exercice pour travailler l’endurance, mais surtout la volonté et la combativité.

Hikitate-geiko

Il s’agit d’un entrainement au combat entre deux adversaires de niveaux différents. Motodashi, le plus gradé, doit profiter d’une séance de combat « libre » pour enseigner à kakari tous les fondamentaux du combat : distance, opportunités, vigilance, combativité, engagement, etc. Il s’agit surtout d’enseigner à kakari la lecture des situations (menaces, erreurs éventuelles, etc.) et de lui donner l’habitude d’y répondre.

Motodashi ne présente pas d’ouvertures systématiques. Kakari est donc libre de ses attaques, que motodashi peut recevoir ou parer. Si kakari tarde à répondre à une ouverture, motodashi peut sanctionner en attaquant lui-même. Kakari doit donc affronter un adversaire réactif et combatif.

Hikitate-geiko doit cependant rester un travail pédagogique. Motodashi est un instructeur. Il n’attaque que pour sanctionner les erreurs éventuelles de kakari (distance non respectée, manque de réactivité, etc), sans chercher à s’imposer par sa supériorité technique : il s’agit d’aider le débutant à exprimer librement son kendo.

Ji-geiko

Le ji-geiko est la forme habituelle du combat d’entrainement. Il s’agit d’un combat libre entre deux pratiquants de niveau supposé équivalent. La distinction motodashi/kakari disparait donc.

Chacun est libre de construire ses attaques comme il l’entend. Si l’on ne peut contre-attaquer, on s’attache cependant à recevoir les coups de l’adversaire sans esquiver, afin de lui permettre de travailler. La défense stérile n’est pas permise en ji-geiko : on ne pare ou on n’esquive les assauts de l’adversaire que si l’on peut soit même construire une contre-attaque en réponse.

Mawari geiko

Mawari est un terme japonais dérivé du verbe « tourner ». Le mawari geiko est une forme de ji-geiko ou de hikitake geiko dans laquelle tous les pratiquants cessent l’entrainement au même moment, avant de tourner d’un cran (généralement vers la droite : « kotai ippo, migi« ) pour changer de partenaire et recommencer.

Mohan-geiko

Le mohan-geiko est un combat de démonstration, dans lequel on cherche à démontrer la maîtrise technique du kendo. Le mohan geiko n’est pas un entrainement proprement dit, mais un exercice réservé aux démonstrations publiques, aux galas, etc.

Il peut opposer deux hauts-gradés, qui tâchent alors de s’affronter pour démontrer leur savoir faire. Mais il peut aussi faire intervenir un haut-gradé plus âgé, qui démontrera sa maîtrise technique, face à un kendoka plus jeune et moins expérimenté, qui démontrera sa vaillance.

Shiai-geiko

C’est le combat de compétition. Il s’agit de mettre en œuvre sa technique en recherchant le maximum d’efficacité et en essayant de parer les assauts de l’adversaire. Esquives et parades sont ici autorisées, voire conseillées. Mais il convient de veiller à ne pas trop dégrader sa technique et à conserver une attitude digne et une gestuelle propre. Le ki-ken-tai notamment ne doit pas se dégrader. Les règles d’arbitrage en kendo moderne imposent en effet des attaques propres, nettes et engagées. Elles ne laissent aucune place à des assauts brouillons.

Hassa-geiko

C’est l’entrainement matinal par excellence, qui peut être mis en oeuvre à l’occasion de stages. Les pratiquants sortent du lit, revêtent leur armure et pratiquent à jeun pendant une heure avant d’aller déjeuner.