De l’intérêt du kirikaeshi en kendo

Publié le 4 octobre 2016 par kendotours

C’est l’un des exercices roi du kendo, exigé à tous les passages de grade, du 6e kyu au 3e dan : le fameux kirikaeshi. Nous tâchons, à Tours, de le travailler le plus souvent possible.

Accessible aux débutants mais nécessaire à tous les pratiquants (y compris les plus avancés), il consiste en un scénario simple :

  • Un grand men dynamique qui s’achève sur un tai-atari avec motodashi
  • Un enchaînement de coupes alternées (droite/gauche, d’où l’étymologie, de kiri : couper ; et kaeshi : renverser, retourner) en avançant puis en reculant
  • Un grand men dynamique en passant

D’innombrables variantes sont possibles, en jouant sur toutes les variables : matériel (bokken, shinaï ; avec ou sans armure), vitesse (lent/rapide), nombre de répétitions, distance parcourue (on peut faire le tour du gymnase…), nature des coupes (men, koté ou do)… comme l’illustre bien cette vidéo :

Le kiri-kaeshi, exercice roi du kendo ?

Quelle que soit la forme retenue, cet exercice est toujours bénéfique. Il est même de coutume de dire que le kirigaeshi englobe « tout le kendo ». Une telle formule mérite commentaire.

Si le kirigaeshi est considéré comme l’exercice roi au kendo, c’est parce que cette succession de coupes enchaînées, coordonnées, met en jeu toutes les qualités physiques (endurance, souplesse, force, respiration, coordination), techniques (précision, qualité gestuelle) et psychologiques (attitude, combativité, vigilance) du kendo.

Au fur et à mesure que le pratiquant progresse dans la voie, son kiri-kaeshi est donc appelé à évoluer. Cet enchaînement de coupes est à la fois le témoin des progrès accomplis et le moyen de progresser encore.

Qualité de la coupe

Kiri-kaeshi permet, d’abord, de travailler la qualité de la coupe. Le pratiquant doit donc veiller à contrôler spécifiquement :

  • La distance. L’exercice permet de travailler à la bonne distance, ni trop proche, ni trop loin du partenaire, car chaque coupe doit être portée avec la bonne partie du sabre (datotsu-bu).
  • La précision de la coupe. Il convient également de veiller à toucher la bonne cible, la bonne partie de l’adversaire (datotsu-bui)
  • La qualité de l’impact. Chaque coupe doit être puissante, nette, incisive. Les coups doivent être portés avec conviction, mais sans force ni crispation excessive. Kiri kaeshi est ainsi un bon moyen de travailler le te-no-uchi, l’action des mains sur la coupe.

Coordination bras/jambe

L’exercice comprend deux types de déplacements :

La première coupe est réalisée en « dynamique », avec un fumikomi (frappe du pied droit), qui permet le retour rapide de la jambe arrière et la mobilisation des hanches. L’impact du sabre sur le casque du partenaire est coordonné sur la frappe du pied droit (ki-ken-taï no ichi)

Les coupes enchaînées sont réalisées sans fumikomi et, donc, sans intention de passer : chaque impact est coordonné avec le retour de la jambe arrière.

Ce travail spécifique sur deux modes de déplacement (avant, arrière) constitue un excellent moyen de raffermir la coordination bras-jambe, décisive, à tous points de vue, en kendo. Il permet, du même coup, d’améliorer le sens du mouvement et de l’équilibre.

Posture

L’enchaînement de coupes de grande amplitude n’est possible que si le pratiquant acquiert une relative souplesse, parvenant à mobiliser le moins possible la musculature des épaules.

Très exigeant physiquement, kiri-kaeshi suppose donc un travail spécifique sur la posture : les épaules sont basses, relâchées ; la nuque est tendue, le menton légèrement rentré ; la poitrine est bombée (sans excès) ; la puissance et la vitesse du sabre ne sont pas confiées aux muscles des bras, du dos ou des épaules, mais à la souplesse des poignets et des doigts.

Il ne s’agit pas seulement d’adopter cette posture en garde (kamae) pour la perdre pendant l’action. Il faut la conserver, avec constance, à tous les stades de l’attaque: pendant la montée du sabre pendant sa descente, sur et après l’impact. Le corps doit rester droit, immuablement, du début à la fin de l’exercice.

Attitude

Une telle posture traduit une attitude spécifique du kendo, que le Kiri-kaeshi permet de travailler :

  • La sérénité : cet enchaînement de coupes, exigeant physiquement, nécessite une relative décontraction, une attitude digne, qui traduit la sérénité de votre pratique. Il s’agit d’échapper à la crispation, qui ralentit le combattant.
  • La combativité : le kiri-kaeshi doit mettre en jeu une véritable intention d’attaque ; il ne s’accommode pas d’une attitude nonchalante. Pour être réussi, l’exercice doit nécessairement mobiliser l’esprit dans la direction de l’attaque
  • L’engagement : le kiri-kaeshi, notamment dans ses formes les plus longues, nécessite souvent de repousser ses limites physiques en forçant le pratiquant à solliciter ses réserves de souffle et d’énergie ; cette capacité à dépasser ses limites physiques traduit l’engagement du combattant. Le kiri-kaeshi cultive spécifiquement cette qualité
  • La vigilance : chaque coupe ainsi portée doit être pensée comme un ippon, une frappe décisive. Cela suppose une attitude vigilante et convaincue avant et après l’impact. Le japonais a un mot, zanshin, littéralement « l’esprit qui demeure », pour désigner cet état de vigilance. Il se traduit, physiquement, par le maintient des bras vers l’avant après l’impact : le sabre ne doit pas rebondir sur la tête de l’adversaire selon un mouvement pendulaire

Endurance et respiration

Pratiqué régulièrement, dans ses formes longues, kiri-kaeshi est un excellent exercice de travail cardio-respiratoire.

Sollicitant tous les muscles du corps sur un temps relativement long, il mobilise fortement le système cardio-vasculaire.

Il impose un travail respiratoire d’autant plus efficace que les poumons et les voies respiratoires sont pleinement mobilisés par le kiaï, le cri, qui doit être le plus sonore possible.

Relation au partenaire

Enfin, kirikaeshi impose et permet un travail en harmonie avec le partenaire. Le rôle de motodashi, celui qui reçoit la frappe, est décisif et instructif.

Les coupes doivent être coordonnées avec le déplacements de deux pratiquants ; les parades de motodashi, qui répondent aux attaques de kakari suppose une vigilance constance des deux partenaires, attentifs l’un à l’autre pendant la séquence.